Interview: Laurent Maréchaux, délégué général du SEFB

Publié par Julia, le 15 mai 2020 | Actualités

Cernes de bois

Le SEFB (Syndicat des Exploitants de la Filière Bois) est un acteur et interlocuteur important à la fois au niveau national que régional pour l’ensemble de la filière bois. Pour comprendre les objectifs et les actions du syndicat, nous avons posé quelques questions à Laurent Maréchaux, délégué général du SEFB.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Ma famille est dans le bois depuis 3 générations. Mon grand-père et mon père possédaient une usine de tranchage et de déroulage en banlieue parisienne où j’ai commencé ma carrière comme ouvrier avant de partir aux Etats-Unis dans les années 80 travailler dans l’exploitation forestière et le négoce de bois durs (Chêne, merisier, érable…) vers l’Europe.

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler au sein du Syndicat des exploitants de la filière bois ?

Lors de sa création en mars 2016 , le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB) recherchait un délégué général polyvalent capable de structurer ce jeune syndicat, de créer un tissu relationnel constructif avec les autres syndicats de l’amont, défendre les intérêts des exploitants auprès de l’administration et des parlementaires et prendre en charge les relations presse. Etant polyvalent et convaincu que le combat du SEFB pour défendre le métier menacé d’exploitant-négociant était une juste cause, j’ai immédiatement accepté la proposition du Président David Caillouel de faire mien leur combat.

Quel rôle celui-ci joue-t-il dans la filière bois et dans le domaine de l’écoconstruction ?

Les exploitants-négociants sont un maillon  essentiel de la filière bois car ils sont les seuls à optimiser à 100%  la ressource. Leur rôle de dispatcher des différentes essences et qualités en fonction des besoins des transformateurs leur permet d’orienter vers l’écoconstruction les bois les plus appropriés à une construction écodurable.

Afin de réduire le déficit de la filière bois qui conduit de nombreux transformateur à s’approvisionner à l’étranger, le SEFB cherche à valoriser auprès des scieries les essences secondaires (merisier, frêne, hêtre, châtaignier…) qu’elles ont tendance à délaisser au profit du seul chêne.

Autre point non négligeable, les exploitants-forestiers sont particulièrement attachés à l’industrialisation de proximité et au maillage territorial qui réduit les coûts de transport et contribue à réduire la pollution atmosphérique liée aux déplacements de matière première.

Quelles difficultés rencontrez-vous, au jour le jour, dans l’exercice de votre mission ?

Être représenté dans les interprofessions nationales (France Bois Forêt) et régionales qui sont verrouillées par quelques barons qui privilégient leurs intérêts particuliers sur l’intérêt général et conduisent la filière bois dans une impasse.

De quels succès pouvez-vous vous réjouir ?

Avoir fait annuler symboliquement par le Conseil d’Etat la labellisation UE par entreprise qui est une usine à gaz pénalisant injustement les propriétaires privés dont une partie de leur récolte de chênes de qualité inférieure se trouve par ricochet interdite à l’export et finit en bois de chauffage ; ce qui les prive d’un revenu substantiel, indispensable au reboisement en feuillus de leurs forêts.

Plutôt que de mettre en place  une labellisation par lot qui garantirait de maintenir en France les plus beaux  chênes, l’ONF a persévéré  dans cette ineptie et mis en place un nouveau dispositif incohérent et coercitif qui se retourne contre toute  la filière ; à commencer par les scieries elles-mêmes qui, sauf à enfreindre la loi – ce que certaines ne se privent pas de faire – ne peuvent plus vendre à l’export les chênes de mauvaise qualité dont elles n’ont pas l’usage.

Comment intervient principalement le SEFB ? Est-ce que les actions sont menées qu’au niveau national ?

Si le SEFB privilégie dans son approche stratégique le dialogue constructif avec les syndicats de l’amont (propriétaires privés, coopératives, experts forestiers, entreprises de travaux forestiers, communes forestières..), l’administration et les groupes études bois et forêts des deux assemblées, elle ne s’interdit pas pour faire bouger les lignes de faire appel à la justice pour être reconnu dans les interprofessions, substituer une labellisation par lots à la labellisation des chênes par entreprise, faire condamner  le monopole que veut instaurer la FNB et l’ONF dans le négoce de Chêne…

Quelles sont aujourd’hui les problématiques avec lesquelles doit lutter le SEFB ? La labellisation UE reste-elle aujourd’hui une problématique majeure ?

Notre priorité reste la défense du métier d’exploitant-négociant dont certains gros transformateurs souhaitent voir la disparition pour s’approprier à moindre coût la totalité de la ressource, au détriment de sa valorisation optimale dont dépend le repeuplement futur de nos forêts.

Au quotidien, nous nous battons pour un accès pour tous à la ressource en toute transparence de prix et de qualité afin d’éviter que soit bradé au profit d’un cartel de gros transformateurs le patrimoine forestier national.

Par ailleurs, le SEFB entend apporter son soutien actif aux petites scieries territoriales – dont 3 sur 4 ont disparu en 20 ans – pour contrecarrer leur mort annoncée souhaitée par ces mêmes transformateurs

Dernier point et non des moindres, le SEFB – soucieux d’une exploitation raisonnée des forêts et de leur renouvellement – notamment en feuillus –  fait du développement durable et de l’exploitation maîtrisée de la ressource un enjeu majeur qui sous-tend ses différentes actions.

Merci à Laurent Maréchaux, délégué général du SEFB d’avoir répondu à nos questions !

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